LE BLUFF
Written by Brain Clark

Saturday, 05 January 2008

Ce qu'on peut considérer comme certain, c'est qu'un bluff ne s'improvise généralement pas. On ne tente pas d' « arracher » brusquement un pot par une énorme relance sans avoir tenu compte notamment : de la manière dont s'est déroulé le début du coup; des tirages des adversaires; de son propre tirage.

Untel a suivi une ouverture sans relancer. Il a demandé trois cartes. Trois autres joueurs ont demandé une carte ou trois cartes. Tout le monde a passé ou a dit chip. Untel, dernier à parler, est resté avec ses deux valets et fait tapis. Quelqu'un le tient avec deux rois et il s'étonne de perdre le coup. « Quel culot, s'étonne-t-il, de me tenir avec deux rois! » Mais il est le seul à être surpris.

(Si, en revanche, Untel a touché après l'écart deux autres valets, par exemple, ce qui lui fait un carré, il pourra avoir intérêt à faire tapis, pour faire croire à un bluff maladroit.)

Un bluff, en fait, se prépare (ou se « monte ») au premier stade du coup, en fonction notamment d'une éventuelle absence de relance de la part des autres joueurs, du nombre de joueurs qui ont abandonné, de l'atmosphère de la partie à ce moment, etc., et il est évident que le bluffeur doit jouer le coup exactement comme s'il avait en main le jeu auquel il veut faire croire.

Prenons le cas de six joueurs. Le premier sous la donne a ouvert le pot. Vous êtes placé immédiatement à droite de l'ouvreur. Vous avez un full aux rois. Vous vous contentez de suivre sans relancer, évidemment. Supposons que personne ne relance. On vous demande combien vous désirez de cartes et vous vous déclarez servi. L'ouvreur passera ou dira chip. Et vous avancerez en principe une mise modeste.

C'est évidemment une mise du même ordre qu'il faudra avancer si vous avez joué le coup sans le full servi, mais avec l'intention de faire croire à son existence.

Il est clair par conséquent que c'est en jouant d'une certaine manière avec un jeu fort — et pas autrement — que les bluffs réussis se préparent.

Il peut arriver naturellement qu'ayant décidé de monter un bluff, les événements ne tournent pas comme vous l'espériez, une forte relance éclatant par exemple quelque part, ou une sur relance arrivant sur la relance que vous avez vous-même effectuée pour préparer votre bluff. (Sur relance qui sera bien rarement le fait d'un bluffeur.) Que faire? Le mieux, semble-t-il, est alors de prendre vos cliques et vos claques et de partir sur la pointe des pieds, à moins que vous ne décidiez de relancer à votre tour le surrelanceur, avec le risque très probable de faire à votre tapis un trou à travers lequel vous passerez sans vous baisser.

C'est une erreur de croire que le bluff exige une très forte relance. Celle-ci est au contraire dans bien des cas la marque du bluff maladroit. En revanche, une relance trop faible par rapport à l'argent qu'il y a déjà sur le tapis incitera toujours quelqu'un à « payer par curiosité ». La relance moyenne sur des joueurs avertis sera généralement la plus efficace et en tout cas la moins coûteuse en cas d'échec toujours possible.

En fin de partie, sur des joueurs légèrement gagnants, et qui ont l'intention de le rester, le bluff bien conduit est pratiquement toujours couronné de succès. Il est relativement aisé devant les avares, les timides (encore qu'il faille se méfier d'un timide, apte à faire front au moment où on s'y attend le moins), et devant ceux qui ne disposent pour jouer que d'une « masse de manoeuvre » relativement réduite, conséquence d'un compte en banque sous-développée.

Le bluff est difficile sur les gros gagnants, les gros tapis, les gros pots, pratiquement impossible sur des tapis insignifiants et les joueurs appelés « payeurs », pathologiquement curieux, qui voient du bluff sous tous les horizons, adversaires épatants quand vous entrez dans une période de chance, surtout s'ils ont été conditionnés au préalable.

Disons enfin qu'avant de s'asseoir à une table de poker, mieux vaut laisser sa susceptibilité dans le couloir. « Bluffez et laissez bluffer » est une vieille vérité première. Le « Bravo, mon cher! » (variante: « Bien joué, mon vieux ! ») Adressé à celui qui vient de vous posséder avec un bluff monumental, compliment toujours un peu suspect, n'est pas nécessairement de rigueur, mais il est capital de ne pas considérer, en cette pénible circonstance, qu'on vient de recevoir une baffe, et qu'il faut immédiatement la restituer. On ne « court » pas après un bluffeur, pas plus (nous y reviendrons) qu'on ne court après son argent. « L'avenir appartient aux bluffés », dit un autre dicton.

Article Source: http://www.ArticleBlast.com

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Friday, January 09th 2009